Message de Noel 2015

Les bergers , des personnes ayant une bien mauvaise réputation et parmi les plus miséreux de la société de l’époque, furent les premiers invités par l’ange à
venir visiter et rencontrer Jesus dans la crèche à Bethlehem. Les bergers qui étaient souvent un peu gauches, pas intellectuels pour deux sous, découvrent avec émerveillement que Dieu ne regarde pas les apparences ; Dieu ne les regarde pas non plus de haut , avec condescendance, mais Il se met à leur portée pour qu’ils puissent être à l’aise – les bergers sont chez eux dans une crèche- et découvrir son visage en contemplant le visage d’un enfant. Misericordiae vultus.

Plus tard, devenu adulte, Jesus s’inspirera très souvent de l’expérience des bergers pour nous enseigner et pour nous faire comprendre la vraie mentalité de Dieu son Père. Comment ne pas se souvenir ,entre autres , de la parabole du berger qui va à la recherche de la brebis perdue ? Jesus se présentera lui même comme le bon berger qui connait chacune de ses brebis, c’est à dire chacun d’entre nous! Mais ce soir n’anticipons pas trop la suite des événements et restons encore un moment avec les bergers à la crèche, en compagnie , comme nous dit l’évangile, de la Vierge Marie et de saint Joseph. Au cours de cette nuit étoilée où l’histoire humaine vit un nouveau départ- une re -création- même le bœuf, l’âne et les moutons retiennent leur souffle et font silence! Tous pressentent qu’ils sont vraiment à un tournant de l’histoire humaine , aboutisse
ment d’une très ancienne promesse de Dieu . Dieu tient toujours parole.

Contemplons donc ce ‘bébé enveloppé de langes et couché dans une crèche.’ Luc 2,12.

Ce bébé , par sa naissance dans une écurie, nous fait comprendre que Dieu vient nous rejoindre au coeur de nos misères; Dieu en se faisant bébé nous fait comprendre qu’il vientnous rejoindre dans notre fragilité humaine. Le Seigneur est vraiment Emmanuel : ‘Dieu avec nous.’ Le Seigneur est vraiment Jesus : ‘Dieu nous sauve .’ Alors nous comprenons un peu mieux ce que le pape François veut nous dire lorsqu’il nous propose comme thème de l’année sainte : ‘misericordiae vultus.’ Oui Jesus est bien le visage de la miséricorde, lui qui nous dira : ‘ celui qui me voit , voit le Père.’ Jesus visage de la miséricorde de Dieu le Père . Dieu le Père, avec son coeur de maman , vient ainsi nous rejoindre dans nos misères pour faire de nous ses fils et ses filles.

Par contre, cette nuit là , les anges n’ont pu retenir leur joie et leur émotion ! En effet, » une troupe nombreuse d’anges du ciel louaient Dieu en disant: Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour les hommes , ses bien- aimés. » Nous aussi , ce soir en faisant sonner les pétards nous partageons notre joie car chaque personne humaine, indépendamment de sa religion, est la bien-aimée de Dieu.

Jesus se présente comme » la porte des brebis » Jn 10 vs 7. » je suis la porte ; si quelqu’un passe par moi il sera sauvé ……( car) je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. »

Nous étions nombreux le dimanche 13 décembre à passer par la porte étroite de la cathédrale saint Gabriel. ( j’invite tous les Rodriguais et les visiteurs qui le désirent à faire cette démarche au cours de cette année sainte.) En passant par la porte de la miséricorde , nous avons exprimé notre désir de laisser Jesus- miséricorde venir nous rejoindre dans nos propres misères et de nous laisser guérir par lui . D’autre part, nous avons exprimé également notre engagement d’ouvrir nos portes pour

suivre Jesus et ainsi aller vers les autres pour témoigner de sa miséricorde.

En cette nuit de Noel je voudrais attirer votre attention sur trois formes de misère qui affectent notre société et qui me semble t il ,nous interpellent à agir avec miséricorde .

1. Misère des divisions. Il y a en effet tant de divisions au sein de nos propres familles : divisions au sein des couples, entre parents et enfants, entre frères et soeurs, entre beaux- parents et gendres , entre belles -mères et belles -filles, entre belles -soeurs et beaux -frères….. Des divisions qui sont autant de misères et qui nous font souffrir. Ouvrons la porte de notre coeur, suivons Jesus – miséricorde et posons durant cette année sainte des gestes de vérité, de pardon et de réconciliation .

2. Misère du manque de repères. Nos familles rodriguaises sont secouées par les mutations de la société et une des conséquences ,il faut bien l’avouer, est une crise sans précédent de l’autorité parentale. Un couple a été choqué mais surtout bouleversé de constater qu’à la fin d’un concert ,à une heure du matin, de nombreux adolescents ( garçons comme filles ) de 15-18 ans non accompagnés par des adultes ,étaient complément ivres. Est ce normal ? La Faya ( pensons aux ‘fêtes’ de fin d’année dans les différents collèges de l’ile’) peut provoquer bien des étourdissements et des conséquences qui entraînent nos jeunes dans différentes formes de misère. Ouvrons les portes de nos maisons, regroupons nous avec d’autres parents et avec les jeunes et réfléchissons ensemble comment exercer une autorité responsable pour le bonheur et l’épanouissement de nos jeunes. Vous les jeunes ,ne soyez pas des ‘banbaras’ , n’ayez pas peur d’aller à contre courant ! Faire preuve de miséricorde c’est préserver nos enfants de la misère de l’alcoolisme , de la drogue et d’une vie sans discipline et sans repères.

3. Misère de l’exclusion. Notre système éducatif, malgré les progrès accomplis , exclut trop d’enfants et de jeunes qui se sentent alors dévalorisés et même rejetés par la société. Ouvrons les portes de nos institutions à chaque enfant afin qu’il puisse, non pas entrer en compétition avec les autres étudiants mais entrer en compétition avec lui même pour développer ses propres talents, c’est à dire le meilleur de lui même . J’encourage les adultes , les étudiants et les enfants, au sein des mouvements, des PTA, des communautés villageoises, à faire entendre leur voix, faire des propositions afin d’être partie prenante de la réforme de l’éducation. Nous savons aujourd’hui qu’il y a des nombreuses formes d’intelligence. Œuvrer pour une éducation inclusive, c’est faire preuve de miséricorde.

Accueillir l’enfant Jésus comme les bergers, passer par la porte de la miséricorde , c’est vraiment la meilleure arme pour lutter contre les différentes formes de misère qui rongent notre société. Cette nouvelle année 2016 sera sainte dans la mesure où nous nous laisserons inspirer et guider par Jesus- miséricorde.

En ce soir de Noel j’ai une pensée spéciale pour les nombreux Rodriguais qui vivent à l’île Maurice et ailleurs.

Frères et sœurs, je vous souhaite un joyeux Noel et une bonne année sainte.

+ Alain Harel.

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