LETTRES PASTORALES

Introduction
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A. ‘Mo pas croire dans le mal mais li fatigant.’

Un jour, au cours d’une conversation, un monsieur m’a dit : ‘ mo pas croire dans le mal mais li fatigant !’ . Depuis, je me suis souvent demandé ce qu’il voulait vraiment me dire en s’exprimant ainsi : Voulait-il me dire qu’il ne suivait pas le chemin du ‘mal’ mais que le ‘mal ‘néanmoins l’inquiétait car le ‘mal’ avait la capacité de nuire ? En fait, qu’entendait-il en me parlant du mal ? S’agissait – il de mauvaises influences (de mauvais air), ‘name’, de ‘quelqu’un’ ( du démon) de Loup-garou ? Craignait-il ceux qui invoquent les esprits, c’est à dire les sorciers, les devineurs ou ceux qui ‘font la prière – lévaine . Vous qui prenez le temps de me lire, comment comprenez-vous ce que ce frère a voulu ainsi me partager? Il y a tant de phénomènes qui nous dépassent, que nous ne comprenons pas, et qui nous font douter!

A.1. Est- ce que les épreuves de la vie sont ‘normales’ ou bien est-ce l’oeuvre de personnes qui nous veulent du mal ?

Au fil des années, je découvre que ces interrogations habitent de nombreuses personnes et pas simplement par curiosité intellectuelle. Face aux fragilités de la vie : la maladie, les morts successives dans une même famille, la misère, les échecs sentimentaux, les problèmes au sein du couple, les mauvais rêves – rêves de personnes mortes, (surtout les personnes’ mal mort’), des rêves à connotation sexuelle etc – les grandes tentations sexuelles, la succession des malheurs , les accidents, la mort des animaux, la sécheresse ou d’autres catastrophes nous sommes angoissés, paniqués et nous avons peur. Alors, nous nous interrogeons: est -ce que ces épreuves sont ‘normales ‘ ou bien est-ce l’œuvre des personnes qui nous veulent du mal ? (méchanceté) ‘pas ene maladie normal sa !’ Nous nous sentons menacés de toutes parts à cause de la jalousie, de la haine ou encore par des malédictions proférées contre notre personne ou contre notre famille.

Par ailleurs, il y a tant d’indices témoignant que des personnes veulent nous faire du mal: un coco coupé sur le sentier ou la route menant à notre maison, le vol d’un linge, colou girofe, brile camf ek l’encens, nous nom écrire lors ene feuille papier retrouvé kot grande croix etc. En toute vérité j’invite chacun à se demander: est-ce que ces questions sont des questions que je me pose? Est – ce que parfois je suis habité par ce genre de peur? Avons-nous déjà fait l’expérience du ‘mal’ dans notre vie personnelle et celle de notre famille?

A. 2. Le croyant est tiraillé !

Quels moyens prendre pour nous protéger contre ce qui semble être une menace? Quoi faire pour être délivré de ces ‘méchancetés’ qui semblent être la source de tant d’épreuves ? Le croyant est alors comme écartelé: il croit en Jésus mais ‘le mal’ le fatigue ! Que faire? quel chemin prendre?

Dois-je écouter les conseils de la famille, des amis, qui me mettent en garde et m’encouragent fortement d’aller ‘consulter ene dimoune qui faire travail’ ou bien encore ‘faire ene sacrifice ? Par ailleurs, en entrant dans cette logique, ne serais-je entraîner dans de grosses dettes et un chemin de ténèbres? Par contre, ne devons- nous pas au moins prendre des mesures de prévention ? Nous faut-il nous protéger en mettant par exemple du charbon dans nos vêtements ou zalimet dans cheveux Zenfan, ene ruban rouge dans nou voiture pou détourne Mo fine, mette ‘ene gardien la cour’ pour protéger notre famille ou encore en entrant dans notre maison le soir marchant à reculons etc? Nous faut-il faire confiance à Jésus ou prendre ‘éne lot chemin’? Quelles stratégies employer pour nous protéger de ces ‘mauvais airs’, des personnes qui les manipulent et qui sont autant de menaces pour notre santé, pour notre famille etc ? Avez-vous déjà été confrontés à ce genre de choix ?

A.3. Autant de questions que nous portons non seulement dans notre cerveau mais pour ainsi dire dans nos tripes !

En fait, j’invite chacun, chaque famille à s’interroger: ces questions rejoignent -elles ma/notre propre expérience? Avons nous vécu d’autres expériences qui nous ont troublés? Avons-nous déjà expérimenté cette ‘fatigue’ même si nous ne suivons pas le chemin du mal? Avons – nous parfois peur pour nous mêmes ou pour nos proches? Est-ce que c’est vrai que ces questions sont d’actualité à Rodrigues ou alors s’agit -t-il de croyances ‘bane dimounes longtemps’?

A.4. Je vous propose, à partir de ces questions et bien d’autres, de vivre un temps de discernement durant ce carême et durant toute cette année 2015 pour mieux nous mettre à l’écoute du Seigneur afin que Jésus libère chacun de nous, notre famille, mais aussi notre peuple, de cette’ fatigue’ en nous éclairant de sa Bonne Nouvelle.

B. Influence culturelle.

B.1. Chaque personne vit au sein d’une culture. Pour nous, il s’agit de la culture rodriguaise, qui façonne notre mentalité , notre imaginaire et très souvent nos actions et réactions. La culture est comme l’air que nous respirons , elle nous donne, entre autres, un mode de vie, des valeurs communes, une manière de vivre nos relations aux autres et au sein de la société et de nous situer au sein du monde visible et invisible.

B.2. La culture est le fruit d’un long héritage façonné par nos origines, notre langue, l’histoire – pour nous à Rodrigues une histoire marquée par le drame de l’esclavage- mais la culture est aussi le fruit de nos luttes , de nos réalisations – pensons à la construction de nos familles ou encore aux associations mises en place pour un meilleur vivre ensemble au sein de nos villages et de la société. La culture est une réalité dynamique, en permanente évolution.

B.3. Notre culture rodriguaise est imprégnée des valeurs de l’Evangile mais également de tout un ‘back ground’ hérité de nos origines et qui expliquent, pour une large part, certaines de nos croyances et de nos pratiques. Comment pourrions-nous caractériser certains traits de la culture rodriguaise par rapport au thème de cette Lettre Pastorale 😕 ‘ mo pas croire dans le mal mais li fatigant.’ ?

B.4. Tout d’abord, selon notre mentalité et notre imaginaire, nous croyons que ce qui existe ne se limite pas à ce que nous voyons, à ce que nous pouvons toucher ou expérimenter scientifiquement. Notre monde, donc notre réalité, est habité par de nombreux esprits, c’est à dire des forces invisibles. Il s’agit parfois des esprits favorables aux humains mais, il faut bien le reconnaître, le plus souvent, il s’agit d’esprits mauvais qui peuvent nous faire beaucoup de mal et qui sont à l’origine de bien des souffrances et des malheurs que nous vivons. Dieu le Père est souvent perçu comme étant la haut dans le ciel, pas très facilement joignable , et qui semble même parfois se désintéresser de nos soucis quotidiens.

(Bondié blié nous! Kote Bondié été dans sa moment la ?) Pour certains d’entre nous les esprits mauvais – esprit du mal, lougarou, mauvais air, diable – font partie de notre quotidien et c’est la raison pour laquelle nous devons être en permanence sur nos gardes afin de rester vigilants. Nous devons nous protéger des ‘ mette lizie’ , ‘des gros cœur’, des ‘jalouseries’, des méchancetés. Un tel contexte suscite, il, faut bien le reconnaître, bien des méfiances envers nos voisins, des collègues de travail, des rivaux au plan sentimental et même parfois des membres de notre propre famille. Avec toujours le risque de généraliser, ne pourrions-nous pas affirmer que le Rodriguais est, dans bien des circonstances, habité par des peurs. (mo enan ene la frayeur dans moi) Frayeur qui se manifeste par exemple lorsqu’il s’agit d’aller aux toilettes le soir à l’hôpital, ou lorsqu’on entend certains bruits à minuit! Si parfois nous sommes des victimes , d’autres fois nous sommes les acteurs et les commanditaires de certaines pratiques soit pour nous venger, par jalousie concernant la réussite d’un voisin ou pour connaître la vérité, pour détourner lizie etc..

B.5. Ces manières de penser et de faire rejoignent les pratiques de bien d’autres cultures autour de nous. En fait, les cultures s’influencent les unes les autres et d’autre part il y a un fonds commun de croyances, de peur et d’espoirs, propre à toute l’humanité.

C. La vision biblique du monde, de l’homme et de la femme, et la question du mal.

C.1. L’inculturation est une des cinq priorités du synode qui a eu lieu à Rodrigues. Il s’agit de la rencontre entre la Bonne Nouvelle et une culture donnée. Cette rencontre permet de valoriser ce qui se vit de positif dans cette culture et qui constitue autant de germes de l’Evangile. Ainsi à Rodrigues à l’occasion Banané nous avons des messes inculturées qui valorisent toutes les valeurs vécues par le peuple Rodriguais telles la solidarité familiale, le partage, la réconciliation ou encore le sens de la fête.

Cette rencontre entre foi personnelle en Jésus-Christ et culture permet également de purifier ce qui dans cette culture peut être source d’aliénation, de frein pour l’épanouissement de la personne humaine. Mademoiselle Antoinette Prudence a été la première responsable de la Commission Inculturation, elle qui était passionnée et par l’Evangile et par la culture rodriguaise.

C.2. Tout ce que Dieu crée est bon et même très bon.

La Bible nous dit que Dieu est créateur et que tout ce qu’il crée est bon .  » Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible. »( le credo) Concernant la création de l’homme et la femme, Dieu trouve même que c’est très bon. Il est important de souligner que la Bible , entre autres dans le Livre de la Genèse au chapitre 2 , nous dit que l’homme est crée libre, à l’image de Dieu. Par ailleurs, Dieu est  » très présent, accessible : il a planté un jardin où il continue de se promener , (Gen 3 vs 8) même après le péché d’Adam et Ève. ». La fête de Noel nous rappelle que Dieu qui est infiniment grand est en même temps infiniment proche, Dieu qui est le Très Haut est en même temps le Très-Bas. ‘ Bondié pe espère nous devant nou la porte. ‘nous dit le livre de La Sagesse. 8 vs 14. La Bible, à travers de nombreux événements, souligne que Le Dieu créateur est aussi libérateur. Pensons entre autres à l’exode, au retour du peuple élu de l’exil de Babylone ou aux nombreux miracles de Jesus. Pour toutes ces raisons, de nombreux psaumes, comme le psaume 148, nous invitent à chanter les louanges de Dieu.

C.3. Le mal existe !

Par ailleurs, le peuple de Dieu n’est pas aveugle, ni insensible ! Il vit et il est témoin de tant de souffrances: des infidélités et des trahisons, des méchancetés et des jalousies, des divisions et des meurtres, des guerres, des catastrophes comme les tremblements de terre, des inondations ou des sécheresses, les épidémies, la maladie et la mort des proches. Le peuple est souvent et, à juste titre découragé, comme perdu.

Écoutons cette plainte dans le Livre de l’Ecclesiaste 6 vs 12:  » l’homme traverse la vie comme une ombre ». Alors les croyants de la Bible s’interrogent: pourquoi? Pourquoi ce tsunami du mal? Quelles en sont les causes? Dieu serait-il le grand responsable? Mais, n’est -il pas bon? Donc ce n’est pas possible! Mais alors, d’où vient le mal?

C.4. Satan, dieu du mal ou créatures rebelles ?

Pour la Bible il n’y a qu’un seul Dieu. Chaque dimanche en proclamant notre foi nous disons: ‘je crois en un seul Dieu.’ Pour la Bible il n’y a pas deux forces égales : le bien et le mal.  »Il n’y a pas un dieu du mal en lutte contre un dieu du bien! ». Non, Il y a un seul Dieu, source de tout ce qui existe. Cette idée qu’il y aurait ‘le dieu du bien et le dieu du mal’ est une vieille hérésie , le manichéisme, qui a été combattue par les premiers chrétiens au nom de leur foi en un Dieu unique. Pour la Bible et, par la suite, pour toute la grande tradition chrétienne, Satan, le prince du mal, les démons, etc sont des créatures, des anges, qui se sont rebellés contre Dieu. Ces esprits du mal emploient dès lors tous les moyens possibles pour nous influencer, corrompre notre liberté, et ainsi s’opposer au projet de Dieu qui veut le bonheur et l’épanouissement de chaque personne humaine, de chaque famille et de tous les peuples.

C. 5. Différents noms pour désigner l’esprit du mal.

Dans l’Ancien et le Nouveau Testament, les puissances du mal sont désignées par les noms suivants: le diable, (celui qui divise); le démon ( le méchant); Beellzeboul, le prince des démons; mais aussi le Séducteur, le Tentateur, le Malfaisant, le Mauvais, le Menteur, Lucifer, l’esprit impur. Nous avons en effet de nombreux témoignages de leurs actions méchantes dans les évangiles. En s’attaquant aux personnes, ils les perturbent physiquement (ainsi en Luc 13 vs 10, nous découvrons une femme possédée par un esprit mauvais qui la rendait infirme depuis dix-huit ans), socialement, mentalement, mais aussi religieusement.

( l’évangile de Marc 5 vs 1-20 nous parle d’un homme vivant au milieu des tombeaux, un homme violent, n’ayant plus sa raison, se comportant comme une bête féroce!). Vraiment les esprits impurs tentent par tous les moyens de nous enchaîner et nous de rendre esclaves. Les démons sont vraiment des nuisances dans la vie des humains, ils nous tourmentent et ‘vrai même zot fatigant.’

C.6. L’esprit du mal influence nos décisions pour nous entraîner dans une vie de péché.

En relisant l’Histoire humaine, la Bible témoigne qu’au lieu de faire confiance, les humains, dès l’origine et de génération en génération, en se laissant influencer par Satan, se méfient de Dieu; ils le soupçonnent de ne pas vouloir vraiment leur bonheur (sémin Bondié lente; Bondié fine blié moi) . Ils se replient alors sur eux mêmes, ils vivent dans le doute au lieu d’accueillir Dieu qui est si proche. Cette méfiance, cette rupture avec la source de tout amour et de toute vérité, provoque l’engrenage du mal. Ce soupçon envers Dieu a amené en effet une cascade de soupçons, de rivalités, de mensonges, de violences: l’homme envers la femme et réciproquement ( Adam et Ève ), entre frères ( Caïn et Abel , Jacob et Esau) entre nations ( tour de Babel).

Ainsi, hier comme aujourd’hui, les humains permettent à Satan de les influencer, ils laissent le mal fermenter en eux et ils font le mal : jalousie, palabres pour dénigrer le prochain, des paroles blessantes pour abaisser, méchanceté gratuite accompagnée d’une jouissance faire le mal, violence physique , racisme , exploitation des plus faibles, désir de faire les voisins vivre dans la peur, etc.

Le cœur de l’homme – c’est à dire son intelligence, sa conscience, ses sentiments et sa volonté – est infecté par le mal .  » À l’intérieur vous êtes remplis de cupidité et de méchanceté » nous dit Jésus. Luc 11 vs 37-41.

D. Jésus vainqueur des puissances du mal, de Satan et ses Œuvres.

D.1 Dans les évangiles, nous avons de nombreux exemples oū Jésus, qui dans sa propre vie est vainqueur de Satan Mt 4 vs 11; Jn 12 vs 31, libère les personnes du mal.

D.2 Jésus libère de nombreuses personnes des démons, des puissances du mal.

Par ces différents témoignages, nous découvrons certes que le mal existe mais que Jésus est bien plus fort que les puissances du mal. La seule présence de Jesus dans la synagogue est intolérable pour cet esprit impur qui s’est accaparé de cet homme! L’esprit du mal qui nous fait si peur est effrayé par Jesus et se mit à crier :  » Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? » Par sa présence, son enseignement et la puissance de sa parole Jesus est vainqueur du mal:  » Tais toi ! sors de cet homme. » Le nom de Jesus veut dire: ‘Dieu nous sauve’. Effectivement, nous découvrons avec émerveillement comment Dieu le Père par Jesus nous libère des puissances du mal. Alors que l’esprit impur perturbe l’homme possédé  » l’esprit impur le fit entrer en convulsion », Jesus par son intervention nous rend la paix. Toujours dans l’évangile de Marc nous voyons comment cet autre homme après sa libération, lui qui avait été habité par une légion de démons, qui vivait dans un cimetière et qui était d’une extreme violence, est auprès de Jésus  »assis, habillé, et revenu à la raison.  » Marc 5 vs 15. Ce qui est également extraordinaire c’est la confiance que Jesus fait aux personnes ayant connu un lourd passé par rapport au mal. Pensons à l’exemple de Marie de Magdala de qui Jesus avait expulsé 7 démons, et qu’il a choisie pour être le premier témoin de sa Résurrection :  » Relevé le matin du premier jour de la semaine ( dimanche) il ( Jesus) se montra d’abord à Marie de Magdala, de chez qui il avait expulsé sept démons. Elle se mît en marche pour annoncer la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les larmes  » (Marc 16 vs 9.’)

D.3. Par son pardon, Jésus nous libère du mal qui nous entraine à commettre des péchés.

Jésus libère les personnes par le pardon des péchés. Le péché étant un mauvais usage de notre liberté qui se laisse influencer par Satan. Ainsi, par le péché, le cœur de l’homme mais également les structures de la société sont contaminés par le mal, c’est à dire par la méchanceté, la violence verbale et physique, l’injustice etc.

Par ces différents témoignages, nous découvrons certes que le mal existe mais que Jesus est bien plus fort que les puissances du mal. La seule présence de Jesus dans la synagogue est intolérable pour cet esprit impur qui s’est accaparé de cet homme! L’esprit du mal qui nous fait si peur est effrayé par Jesus et se mit à crier :  » Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? » Par sa présence, son enseignement et la puissance de sa parole Jesus est vainqueur du mal:  » Tais toi ! sors de cet homme. » Le nom de Jesus veut dire: ‘Dieu nous sauve’. Effectivement, nous découvrons avec émerveillement comment Dieu le Père par Jesus nous libère des puissances du mal. Alors que l’esprit impur perturbe l’homme possédé  » l’esprit impur le fit entrer en convulsion », Jesus par son intervention nous rend la paix. Toujours dans l’évangile de Marc nous voyons comment cet autre homme après sa libération, lui qui avait été habité par une légion de démons, qui vivait dans un cimetière et qui était d’une extreme violence, est auprès de Jesus  »assis, habillé, et revenu à la raison.  » Marc 5 vs 15. Ce qui est également extraordinaire c’est la confiance que Jesus fait aux personnes ayant connu un lourd passé par rapport au mal. Pensons à l’exemple de Marie de Magdala de qui Jesus avait expulsé 7 démons, et qu’il a choisie pour être le premier témoin de sa Résurrection :  » Relevé le matin du premier jour de la semaine ( dimanche) il ( Jésus) se montra d’abord à Marie de Magdala, de chez qui il avait expulsé sept démons. Elle se mît en marche pour annoncer la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui et qui étaient dans le deuil et les larmes  » (Marc 16 vs 9.’)

D.3. Par son pardon, Jésus nous libère du mal qui nous entraine à commettre des péchés.

Jésus libère les personnes par le pardon des péchés. Le péché étant un mauvais usage de notre liberté qui se laisse influencer par Satan. Ainsi, par le péché, le cœur de l’homme mais également les structures de la société sont contaminés par le mal, c’est à dire par la méchanceté, la violence verbale et physique, l’injustice etc.

.2. Alors que faire ? Quels sont les remèdes pour ne pas nous laisser influencer par les puissances du mal et nous en libérer ?

E 2.1. Le partage dans le dialogue.

Si ‘le mal nous fatigue’ nous sommes appelés à en parler à un/une catholique en qui nous avons confiance pour un discernement. Parler à une personne qui sait garder un secret est déjà un grand soulagement et cela peut nous conduire vers une guérison. La parole en effet libère dans la mesure où elle nous permet de nous exprimer et donc d’être plus conscients de nos difficultés, de nos angoisses, de nos peurs. La parole échangée nous permet ainsi de mieux comprendre ce que nous vivons, de développer un sens critique et de prendre un peu de recul par rapport à nos difficultés et nos épreuves. Si mon cochon est mort subitement c’est peut être tout simplement à cause d’une maladie ou par un mauvais entretien concernant l’hygiène du parc !

Par ailleurs, vous remarquez que les personnes qui par exemple ‘font ti Albert’ s’arrangent toujours pour se faire connaître d’une manière ou d’une autre. Pourquoi? Pour provoquer la peur car le stress est une cause importante de maladie. Les médecins découvrent de plus en plus que de nombreuses maladies sont d’ordre psychosomatique. Il y a une interconnexion entre la psychologie et le corps: Toute perturbation psychologique a des répercussions sur le corps tout comme une maladie grave a des répercussions psychologiques. Provoquer la frayeur chez une personne est une arme redoutable pour la manipuler et la détruire.

Au cours de ce discernement, après avoir parlé de ce qui nous préoccupe, il est important de nous laisser éclairer par la Parole de Dieu. Demandons à la personne de nous lire la Parole pour permettre à Jésus de nous parler, de nous réconforter , de nous convertir et de nous guérir.

E.2.2. La prière comme dialogue.

La prière est un chemin de guérison. Ce n’est pas nécessaire de faire ‘ ene quantité la prière’ ou galope à droite ou à gauche pou faire la prière kot ene lot dimoune, mais bien plutôt de prier à l’exemple du dialogue entre Dieu et Moïse.
Ce dernier, nous dit la Bible, conversait avec Dieu comme un ami parle à un ami. Prier surtout à la manière de Jésus qui régulièrement se retirait dans un endroit à l’écart pour prier Dieu, son Abba (papa). Pour ne pas subir la séduction du mal et nous laisser enchaîner par le démon, il est essentiel de converser régulièrement avec notre Dieu et Père dans un face à face: Je lui dis ce que je ressens et, dans le silence, j’attends sa réponse tout en ne sachant pas quand et comment Dieu me fera signe. La prière est un dialogue et non pas  »question- réponse  »nous meme ! Prenons les moyens concrets pour prier en nous retirant dans une pièce à l’écart, dans notre jardin, en faisant des visites au Saint Sacrement lorsque nous passons devant une Église etc.. Chaque fois que nous prions le ‘Notre Père ‘, nous lui demandons : ‘ délivre nous du mal.’

E.2.3. Le sacrement de la réconciliation. (la confession)

Jésus nous dit dans l’évangile de Saint Jean que  »la vérité nous rend libres  ». Jean 8 vs 32. Comme nous l’avons vu, le démon est un menteur qui nous enchaîne en nous faisant vivre dans le mensonge, dans l’obscurité et la peur. Par ailleurs, le démon ne peut agir en nous si , d’une manière ou d’une autre, nous ne lui avons pas donné prise sur nous en lui permettant de nous influencer. Oui, le démon ne peut agir en nous que si , d’une manière ou une autre, nous lui avons donné notre consentement: nous nous sommes peut être laissés entraîner dans la superstition ou nous avons consulté un devineur ; nous avons coupé des cocos à la croisée des chemins ou fait des sacrifices d’animaux; nous avons couru de groupe en groupe pour ‘pousse diable’ et en réalité nous lui avons accordé trop ‘limportance’; nous avons consulté des sites sataniques sur internet ;nous avons demandé ‘la prière’ (lévaine) pour connaître nos ‘ennemis’ ou pour faire du mal à nos voisins etc.. autant d’ouvertures par lesquelles le démon s’infiltre dans nos vies.

2.3.a. D’autre part, faire la vérité c’est examiner nos motivations, nos pensées, nos attitudes et nos choix. Saint Paul, dans l’épître aux Galates, nous interpelle : marchons – nous sous l’impulsion de L’Esprit, c’est à dire en nous laissant guider par Jésus et les repères de l’Evangile ou marchons nous selon la chair ? Paul n’oppose pas le corps à l’âme, le matériel au spirituel . Ce dualisme ne correspond pas à la vision biblique de l’homme et de la femme. Du reste, la Bonne Nouvelle nous révèle que par la puissance de l’Esprit Saint, la Parole (de Dieu) s’est faite chair en Jésus. Vivre selon la chair, en opposition à l’Esprit Saint, consiste pour Paul à vivre notre histoire humaine en nous laissant enchaîner par les passions suivantes inspirées par l’esprit impur  » libertinage, impureté, débauche, idolâtrie, magie, haines, discorde, jalousie, emportements, rivalités, dissensions, envie, beuveries, ripailles et autres choses semblables. » Galates 5 vs 19-21. Avons nous succombé à de telles tentations?

2.3.b. J’invite également ceux et celles qui se font les complices du mal, à faire la vérité. En effet, ceux et celles qui font la sorcellerie, ‘la prière levaine’, devineurs etc, profitent de la faiblesse, de la maladie ou d’autres circonstances difficiles des personnes pour les manipuler, pour les rendre dépendantes. Par différents rites et invocations, ils font peur et mettent des doutes dans ces personnes fragilisées par les épreuves de la vie. En réalité ce sont des personnes qui, en faisant le mal autour d’elles, détruisent leur propre humanité, c’est à dire l’image de Dieu en elles. Derrière toutes ces pratiques il y a un grand business: l’enrichissement de ces personnes au dépens des victimes qui s’endettent. (tarif d’un devineur: pour faire ene travail Rs 1.500, pou casse ene travail Rs 3.000.) J’invite ces personnes à écouter Jésus et à se laisser guérir par le pardon de Dieu.

2.3.c. En reconnaissant notre péché et en accueillant le pardon de Jésus dans le sacrement, nous permettons au Seigneur de nous pardonner en nous réconciliant avec Dieu notre Père et aussi en nous réconciliant avec notre prochain et avec nous même. Il s’agit d’une guérison en profondeur de toute notre personne, tout comme Jésus a pardonné au paralytique. C.f Marc 2 vs 1-12. Par le sacrement de réconciliation, demandons à Dieu notre Père de nous libérer du mal afin de nous laisser entraîner, par la dynamique de L’Esprit Saint, à la suite de Jésus.

Jésus a donné ce pouvoir à ses apôtres et à leurs successeurs:  »ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » Jean 20 vs 23. Par Jésus, quittons le monde de la nuit pour entrer dans la lumière, quittons l’esclavage et la peur liés au mal pour vivre dans la liberté et la paix.

2.3.d. Prenons- nous les moyens de nous confesser régulièrement? Profitons de ce temps de carême pour vivre cette expérience de libération en nous confiant à un frère prêtre (pécheur lui aussi) et en nous laissant pardonner par Jésus.

E.2.4. La participation à la messe..

Le chemin du mal et tous les moyens employés tels la superstition, la sorcellerie, ‘la prière levaine’, ‘sacrifices zanimo’ nous isolent en nous faisant nous méfier des autres, parfois même des membres de notre propre famille. N’oublions pas que Satan et ses collaborateurs sont des diviseurs.  » Bane devineurs ou dimounes qui ‘faire la prière levaine’ font tout leur possible pour créer les divisions. Sa même zot manger sa! En participant à la messe, nous rejoignons la communauté et donc renonçons à notre isolement. Nous sommes assis les uns à côté des autres et, après avoir demandé pardon au Seigneur, nous écoutons ensemble la Parole de Dieu, nous confessons ensemble la foi de l’Eglise catholique en Dieu le Père, en Jésus son Fils unique et en l’Esprit Saint (le credo).

Nous avons aussi l’occasion au cours de cette grande prière d’action de grâce (eucharistie) de communier à l’offrande de Jésus et, par la ‘communion’, au corps du Christ. Par cette communion à Jésus, nous entrons, par lui avec lui et en lui, dans un lien de confiance avec Dieu notre Père et avec nos frères et sœurs en humanité. Nous prenons ainsi le chemin inverse d’Adam et d’Eve. Nous tournons le dos à Satan et à toutes ses œuvres en mettant toute notre confiance en Jésus qui a vaincu les puissances du mal sous toutes ses formes.

E.2.5. L’engagement social.

La participation à la vie sociale et dans les mouvements d’Eglise est une grande protection pour ne pas nous laisser agacer par tous ces phénomènes. En rencontrant et partageant avec des personnes, en réfléchissant aux causes de nos problèmes, en agissant pour transformer des situations, nous prenons, à la suite de Jésus, notre vie en main. Nous sommes ainsi moins paralysés par toutes sortes d’imaginations, toutes sortes de suppositions, qui nous empêchent d’agir. Nous développons ainsi un esprit critique. Cela nous aide à ne pas rester repliés sur nous- mêmes . Comme je le dis souvent, un chrétien isolé est un chrétien en danger ! J’invite chacun d’entre nous à participer dans la vie du village ou d’une association. Je vous invite à répondre aux initiatives et aux invitations de la paroisse, comme les rencontres autour de l’Evangile, les formations offertes ou encore en participant à la vie d’un mouvement.

E.2.6 L’exorcisme.

Il y a des situations où une personne est tellement sous l’emprise du diable, ‘li fine tellement laisse li rentre dans so l’engrenage’, qu’après un temps de discernement, l’évêque peut donner la permission à un prêtre d’exercer un exorcisme. Il ne faut surtout pas s’adresser à Satan. Il ne faut pas lui adresser la parole. Il nous faut l’ignorer.

C’est pourquoi l’Eglise nous tourne, par la prière, vers Dieu. La prière de l’exorcisme est une prière spéciale pour les personnes vraiment envoûtées par le diable et non pas simplement tentées par le diable, en vue d’une libération en nous faisant mettre toute notre confiance en Dieu notre Père .

F. Conclusion.

En 2014, j’ai eu la joie de participer au synode extraordinaire des évêques à Rome ayant pour thème:  »les défis de la famille face à la nouvelle évangélisation.  » Chaque jour, je pensais et priais pour chaque famille rodriguaise. Dans cette ville de Rome oū se trouvent les tombeaux des apôtres Pierre et Paul, tous les deux morts martyrs à cause de l’Evangile, je pensais à cette parole de Jésus dont Jean Paul II a fait écho lors de son élection comme successeur de Pierre: ‘n’ayez pas peur.’

Oui frères et sœurs de Rodrigues :  »n’ayons pas peur ».

Pourquoi n’aurions nous plus peur?

Comme nous l’avons mieux découvert, nous ne devons plus avoir peur car : nous ne sommes pas seuls contre le mal: Jésus en personne nous promet:  »je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps’ Matthieu 28 vs 20.

Jésus nous dit également:  » En ce monde vous faites l’expérience de l’adversité, mais soyez pleins d’assurance, j’ai vaincu le monde ‘ c.f Jean 16 vs 33, c’est à dire les puissances du mal et de la mort.

Alors, si c’est bien vrai que le ‘mal est fatigant’, Jésus est, par sa présence , celui qui veille sur nous et qui nous protège.

Satan ek tout so ban méchanceté li comme ene cent pieds qui fine gagne crasé. Même si li près pou mort, li capave encore mordé. Nous besoin vigilant , mais so défaite définitive proche. Dès maintenant, si nous mettons notre confiance en Jésus , si nous prenons au sérieux les remèdes qu’il nous donne, nous sommes assurés que Satan et ses colistiers ne peuvent nous faire aucun mal. Li pou essayé par toutes sortes de ruse mais li pas pou gagne le dernier mot.

Je vous invite à être à l’écoute, à interpeller, à toujours tendre la main et accompagner ceux et celles qui se sont laissés piéger par la sorcellerie, les pratiques gothiques etc. Elles sont profondément malheureuses, elles sont habitées par des peurs et elles ont besoin de notre écoute sans jugement, de nos encouragements et surtout de notre amitié. Aidons nous les uns les autres à sortir de cette spirale du mal qui nous enchaîne.

Le mal existe, oui, mais comme nous met en garde ce théologien:  »Attention cependant à ne pas rester fascinés par cette puissance mauvaise. Ange déchu agissant ou simple représentation de notre invincible capacité à mal agir, ( car) elle a été définitivement vaincue par Jésus. »

En réponse à cette Bonne Nouvelle que toute la Bible nous fait comprendre, nous pouvons dire avec Saint Paul dans sa Lettre aux chrétiens de Rome :  »qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. Épître aux Romains 8 vs 35-39.

Le temps du carême est un temps privilégié de conversion en faisant la vérité, en nous laissant réconcilier par Jésus, et ainsi vivre de la liberté des enfants de Dieu. Celui qui se laisse influencer par le mal n’est pas libre mais emprisonné dans sa solitude, son amertume et le découragement. J’invite chacun d’entre nous, chacune de nos familles, mais aussi nos communautés de village et différents groupes et mouvements à nous mettre en chemin et ainsi permettre à Jésus mort et Ressuscité de prendre toute sa place dans nos cœurs afin de faire reculer les ténèbres en nous et au sein de notre société. Jésus est celui qui vient nous rejoindre et nous donne la paix car il a vaincu le mal.

Votre frère et votre évêque.

+ Alain Harel