LETTRE PASTORALE

A. Introduction.
Cette année, je vous invite, dans la lettre pastorale que je vous adresse, à mieux découvrir la personne de Jésus. Pour mieux entrer dans la compréhension et dans l’esprit de la lettre, je vous invite tout d’abord à faire une lecture continue de l’évangile de Marc.
J’espère que cette lecture vous permettra de faire de nombreuses découvertes et que vous allez surtout vous laisser émerveiller par la riche personnalité de Jésus.
Suite à cette lecture de Marc, j’imagine que vous vous posez de nombreuses questions : Qui est cet homme ? Comment ce Jésus, fils de Marie, qui a vécu il y plus de 2000 ans de cela pourrait intéresser les humains du xxi siècle ? Qu’est ce que Marc veut dire en présentant Jésus comme le Christ, le Fils de Dieu? ( Marc 1 vs 1) Comment et dans quel sens Jésus peut-il être une Bonne Nouvelle pour nous Rodriguais qui vivons dans un monde en pleine mutation et qui semble si éloigné des réalités vécues du temps de Jésus ? Est -ce raisonnable de penser que Jésus de Nazareth est le sauveur de toute l’humanité, c’est à dire les hommes et les femmes de tous les siècles et de toutes les religions? Jésus a t-il vraiment choisi l’Eglise pour collaborer à sa mission, à travers les âges, et ainsi témoigner de sa présence active au coeur de l’histoire humaine ?
Une condition bien importante pour vivre une vraie rencontre avec une personne, c’est de nous laisser étonner par elle, de mettre de coté nos a priori, voire nos préjugés, et surtout ne pas penser que nous la connaissons à fond ! Je vous propose donc quelques pistes de réflexion pour essayer de comprendre le témoignage de foi de Marc et ainsi mieux connaitre Jésus afin, peut être aussi, de mieux le suivre.

 

B. 24 HEURES DANS LA VIE DE JESUS
B.1 Jésus est présent dans les différents secteurs de notre vie et il ne s’intéresse pas seulement au ‘religieux.’
Si nous prenons le temps d’être attentifs à 24 heures dans la vie de Jésus à Capharnaüm, (c’est à dire du 1 vs 21 au 1vs 35 de l’évangile de Marc) que découvrons-nous? Jésus est présent dans une synagogue 1vs 21, ( un lieu d’étude de la Loi c’est à dire des 5 premiers livres de la Bible et des prophètes), dans une famille 1vs 29 ( la famille de Simon et André) sur la place publique1 vs 33 , c’est à dire au coeur de la ville de Capharnaüm et , après une courte nuit, Jésus se lève et va dans un lieu retiré pour prier 1vs 35. Jésus le Christ est ainsi présent dans différents secteurs de la vie des hommes.
B.2 Jésus enseigne et guérit. Son enseignement est guérison et ses guérisons sont un enseignement.
Que fait- il durant ces 24 heures? Il enseigne et il libère une personne, dans la synagogue, de la puissance du mal, cette force qui aliène l’homme ; il relève (le même verbe employé par Marc pour parler de la Résurrection de Jésus d’entre les morts) la belle mère de Pierre alitée et atteinte d’une maladie qui conduit à la mort ; sur la place publique , de nouveau, il guérit de nombreuses personnes de toutes sortes d’infirmités et d’esprits mauvais , donc de tout ce qui blesse l’humanité et nous enchaine. Juste après, au cours de la journée suivante, Jésus lutte contre toutes les formes d’exclusion en guérissant un lépreux 1vs 40-45 – à cette époque les lépreux étaient exclus de toute vie en société mais aussi de la religion car considérés comme des personnes impures pour avoir, d’après les autorités religieuses, gravement péché contre Dieu. Jésus réintègre le lépreux au sein de la communauté des hommes et dans la communion à Dieu. Il n’a pas peur de toucher le lépreux car l’intouchable est aimé de Dieu, même si les religieux et les bien pensants pensent autrement! La préoccupation permanente de Jésus durant ces 24 heures, et durant toute sa vie, est de nous libérer de l’ignorance et de tout ce qui nous enchaine, de nous délivrer des puissances du mal et de la mort. Jésus guérit nos blessures visibles et internes- ‘tes péchés sont pardonnés’ dit-il à un paralysé. Jésus s’intéresse ainsi à tout l’homme, à l’homme tout entier et dans les différents secteurs de nos vies. Par son enseignement et par ses actions, qui ne font qu’un, Jésus inaugure le Règne de Dieu sur terre. Jésus est celui par qui le Règne de Dieu advient.
B.3 Le dialogue avec son Père est source de son agir libérateur.
Jésus est un homme dynamique et il agit, mais il ne tombe pas dans l’activisme et l’agitation. Jésus est en mouvement. Il passe d’un village à un autre, d’une rencontre à une autre. Il se laisse bousculer par les événements inattendus mais il le fait toujours avec un grand calme intérieur. Tout, dans la vie de Jésus vient de l’intérieur. Il est un homme profond, lui qui prend le temps de se retirer et de prier son Père dans le silence de l’aube qui se lève. La prière, ce dialogue avec son Abba, est la source de ses décisions et de ses actions, de son agir. Jésus est un homme libre et il le démontre tout au long de sa vie; il puise cette liberté dans cette relation de proximité avec Dieu son Abba. Il est libre de la liberté de Dieu.
B.4 Jésus, n’est il pas le charpentier de Nazareth?
Dès le tout début de son ministère des questions fusent sur la personne de Jésus : « N’est-il pas le charpentier de Nazareth, le fils de Marie ?» 6 vs 3 Mais d’où lui viennent cette autorité naturelle et cette force qui se dégagent de lui? Comment exerce t-il une telle attraction sur ses premiers disciples qui sont à sa recherche dès l’aube?
Ne serait- il pas le messie attendu, c’est à dire cet envoyé de Dieu annoncé par les prophètes et attendu par tout un peuple? Celui qui doit repousser les forces du mal et de la mort en établissant le Règne de Dieu?

 

 

C. QUI EST CET HOMME?
C.1 Jésus profondément humain.
A la lumière de la mort et de la Résurrection de Jésus , Marc fait une relecture de la vie de Jésus pour mieux comprendre qui est Jésus, qui est cet homme, et quelle est sa mission et sa place dans l’histoire de l’humanité. Marc, comme nous l’avons remarqué en lisant son évangile, nous dresse un portrait de Jésus profondément humain. Ce qui est frappant, c’est que Jésus est un homme si vivant! Il semble être toujours en mouvement : Il marche d’un village à un autre sans calculer la fatigue, il fait de nombreuses traversées en bateau sur le lac de Tibériade. Il est d’une grande disponibilité et il se laisse bousculer par les rencontres inattendues ou par des événements. Jésus n’est pas scotché à un agenda même s’il a clairement fixé le cap de sa mission. Comme toute personne, il a faim. Nous constatons qu’après une journée d’activités intenses, il est fatigué et il dort sur un coussin à l’arrière du bateau.

Il manifeste des sentiments de sympathie mais aussi d’agacement, il est étonné du manque de confiance de ses compatriotes envers sa personne; il est d’un dynamisme extraordinaire et d’une grande détermination, mais aussi angoissé devant la mort. Jésus est un grand observateur et il est attentif aux réalités de vie. Il est à l’écoute des personnes mais il a aussi de vives réparties. Un homme d’une grande sérénité intérieure mais qui n’hésite pas à entrer dans des controverses avec les autorités religieuses et politiques. Il est toujours prêt à se faire le prochain des blessés de la vie. Marc nous met en présence d’un homme vrai. Même ses adversaires le reconnaissent : « Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens, mais tu enseignes le chemin de Dieu selon la vérité. » Mc 12vs 14. Jésus croit en nous, il nous croit capables de nous dépasser et donner le meilleur de nous-mêmes. Néanmoins Jésus n’est pas un doux rêveur naïf et il sait ce qu’il y a de négatif dans le coeur de l’homme.
C.2 Toute personne humaine est un mystère.
Toute personne humaine est un mystère et c’est la raison pour laquelle nous ne pouvons jamais mettre des étiquettes sur quiconque. Nous ne pouvons pas enfermer une personne dans une définition ou dans son passé, ni non plus dans tel ou tel défaut ou dans telle ou telle qualité. C’est avec infiniment de respect que nous devons approcher toute personne. De même il est si important de ne pas croire que nous connaissons tout de Jésus ! Permettons à Marc, qui lui-même a eu l’occasion à Rome de recueillir le témoignage de l’apôtre Pierre, de nous aider à découvrir plus en profondeur la personne de Jésus, son mystère.

 

 

C.3 Jésus, personnalité étonnante et déroutante.
En méditant l’Evangile de Marc, nous sommes en effet, comme les contemporains de Jésus, souvent étonnés devant sa personne mais aussi par rapport à sa forte personnalité, à sa proximité avec les personnes et son autorité naturelle. Témoins de ses dires et de ses actions, nous nous interrogeons : mais qui donc est cet homme?
Qui est cet homme qui ne se contente pas de commenter la Parole de Dieu mais dont la manière d’enseigner suscite une interrogation: « voila un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Mc 1vs 27.
I dira même, alors qu’il annonce la (sa) venue dans la gloire, à la fin des temps, du Fils de l’homme: « le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas » Mc 13 vs 31
Qui est cet homme qui en son propre nom guérit le corps et l’âme : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés, …… je te l’ordonne lève-toi, prends ton brancard et marche « ? Mc 2 vs 5.11
Qui est cet homme qui expulse de sa propre initiative les esprits mauvais, le Diable : « Silence! Sors de cet homme » ? Mc 1 vs 25
Qui est cet homme qui marche sur la mer et qui par sa parole calme la tempête : « silence, tais toi. », le vent tomba et il se fit un grand calme ? Mc 4 vs 35-41
Qui est cet homme qui réveille la fille de Jaïre, un chef de synagogue, du sommeil de la mort en lui saisissant la main et en lui disant : « Talita Koum. » ? Mc 5 vs 41

Qui est cet homme qui nourrit plus de 5,000 personnes avec 5 pains et deux poissons ( Mc 6 vs 30-44 ) et qui nous donne son corps à manger et son sang à boire , c’est à dire toute sa vie, le jeudi saint : « prenez , ceci est mon corps » ? Mc 14 vs 22
Qui est cet homme qui vit un lien si étroit, unique, avec Dieu, qu’il le nomme, contrairement à sa tradition religieuse, Abba ( Papa ) ? Mc14 vs 36
Qui est cet homme qui se permet de renverser les manières de pratiquer le culte dans le temple de Jérusalem et de nous offrir une perspective universaliste de la religion: « ma maison s’appellera maison de prière pour toutes les nations? « Mc 11 vs 17
Qui est cet homme qui au moment de son procès, en réponse à l’interrogatoire du grand prêtre, répond : « Je le suis, (le Messie) et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout -Puissant, et venir parmi les nuées du ciel »? Mc 14 vs 62. Jésus revendique ainsi ‘les pleins pouvoirs divins de juge et de sauveur universel de la fin des temps.’ Une revendication divine exorbitante, blasphématoire, aux yeux du grand prêtre et des autorités religieuses.
Jésus, est-ce un imposteur, un mégalomane ou est- ce une personne crédible? Pouvons-nous avoir confiance en la personne de Jésus et en sa prétention messianique ? Reconnaissons- nous, comme Pierre, en Jésus le Messie ? Mc 8 vs 29
Toi qui as pris le temps de méditer l’évangile de Marc, qui est cet homme -Jésus pour toi?

C.4 Pourquoi Jésus impose t- il le silence concernant son identité?
Pourquoi, avec insistance, Jésus demande-t-il de ne pas dévoiler son identité de Messie ? Ainsi, il dit au lépreux après sa guérison: « attention ne le dis à personne, mais va te monter au prêtre. » Mc 1 vs 44.
Il ferme même la bouche au diable qui lui, sait qui est Jésus : « silence et sors de cet homme. » 1 vs 25. De même Jésus défend à Pierre, Jacques et Jean « de raconter à quiconque ce qu’ils avaient vu » à l’occasion de sa transfiguration sur la montagne. Mc 9 vs 9. Ce n’est qu’à l’approche de son arrestation et de son procès à Jérusalem que Jésus dévoilera son identité la plus profonde. Pourquoi alors auparavant imposer ce silence? Imaginons que dès le premier jour à Capharnaüm, Jésus ait proclamé: vous savez, « je suis le sauveur de l’univers » ! Son message aurait été complètement inaudible et incompréhensible. Comme nous l’avons vu, ce n’est que progressivement que nous pouvons nous faire connaitre et connaitre une personne. C’est progressivement donc que Jésus se fait connaitre. Par ailleurs, à l’époque de Jésus de nombreux illuminés se revendiquaient comme messie dans le sens politique du terme. Leur seule ambition était la lutte armée pour chasser les Romains hors d’Israël. Jésus ne revendique pas ce genre de messianisme. D’autre part, Jésus ne revendique pas non plus un messianisme « magique. » Il ne fait jamais de miracle (il refuse même d’en faire) pour faire un ‘show’ Mc 8 vs 23 ou pour ‘prouver’ sa puissance. Mc 8 vs 11-12.

Les miracles sont des signes de foi pour nous révéler qu’avec sa présence, l’histoire humaine prend un tournant car Jésus est venu ‘inventer’ une nouvelle manière de vivre avec Dieu, entre les humains et avec nous même. Dès son entrée à Jérusalem, au cours de son procès et sur la croix, sans risque d’ambiguïté, Jésus se présente alors ouvertement comme le Messie- serviteur souffrant. Oui, il est bien le libérateur de toute l’humanité – libérateur de toutes nos violences et de nos haines, de nos repliements identitaires et de notre tentation permanente du pouvoir et de domination sur les autres, des forces du mal et de la mort- mais un libérateur serviteur. Jésus est bien l’envoyé de Dieu par qui advient un monde nouveau, le Royaume de Dieu, mais ses armes sont les armes de l’amour et du pardon. La croix est la signature de Jésus: misericodiae vultus. Son corps suspendu entre ciel et terre, ses bras grands ouverts sur la croix, ne nous font-ils pas découvrir vraiment qui est cet homme Jésus? En contemplant la croix, reconnaissons-nous, comme le centurion romain, en cet homme Jésus « le Fils de Dieu » ? 15 vs 39. André Malraux, un agnostique, disait que le christianisme a peut être tout inventé concernant Jésus, mais le christianisme ne peut pas avoir inventé un Dieu crucifié. C’est si paradoxal! C’est si déroutant et à contre courant de ce que nous imaginons de Dieu.

D. LA MORT ET LA RESURRECTION DE JESUS.
D.1 Par sa croix Jésus vient nous rejoindre au plus profond de notre condition humaine pour nous libérer des puissances du mal et de la mort. Comment?
Le but de l’escalade d’une montagne est bien d’atteindre le sommet pour contempler la vue. Il semble, d’après l’évangile de Marc, que le but de la vie de Jésus est de prendre la route vers Jérusalem et d’escalader la ‘montagne’ du Golgotha. En offrant sa vie sur la croix dans l’espérance de sa Résurrection, il veut ouvrir un passage et permettre ainsi à l’humanité de contempler la beauté de Dieu. Pourquoi ?
D.2 Sauver l’humanité blessée par le mal physique et moral
La grande hantise des responsables du CEB est qu’il y ait un ‘black- out’ le 31 décembre à minuit! De même, la grande peur des humains de tous les temps est qu’il y ait un ‘black out’ définitif à notre mort! La vie se termine- t- elle définitivement à la mort ?

Est -ce que notre univers, vieux de plus de 15 milliards d’années, se ‘vide’ t- il de toute son énergie, comme une bonbonne de gaz, avant de sombrer dans le néant? Tous les liens tissés au long de notre vie sont-ils appelés à disparaître à tout jamais ou alors à subsister, pour quelques années, dans la mémoire de nos proches? Ces questions nous habitent et même, à certains moments et dans certaines circonstances, peuvent devenir angoissantes comme par exemple la maladie incurable d’un proche. Une jeune femme me confiait à la fin de la cérémonie des funérailles de sa maman: ‘la mort de maman m’est insupportable’.
Par ailleurs, nous, ou nos proches, vivons tous des moments de souffrances physiques et morales. Nous nous sentons alors vulnérables et nous prenons conscience de notre faiblesse. Dans notre vie affective, familiale ou professionnelle, nous faisons également l’expérience de l’incompréhension, de l’échec, parfois de la trahison. Ces blessures intérieures nous font ressentir à certaines étapes de notre vie une grande solitude. Nous sommes perdus.
En étant attentifs à l’actualité, nous constatons à quel point l’histoire humaine est souvent déchirée par des violences, des reniements, des injustices, des démissions en nous lavant les mains comme Pilate ! Le mal, comme une bête, est souvent tapi au coeur de l’homme.
D.3 Jésus n’est pas un spectateur.
Par sa passion, Jésus expérimente dans sa chair et dans son coeur la souffrance humaine. Jésus vient nous rejoindre au coeur même du drame qui se vit dans nos vies, jusque dans notre agonie et notre mort.
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Il n’est pas comme un spectateur au bord du chemin qui regarderait, avec pitié, passer la caravane humaine. Non, Jésus plonge au codeur même de toutes les réalités de nos vies. Il expérimente la trahison de ses amis, les reniements et l’abandon des siens. La foule manipulée réclame sa condamnation à mort. (Mc15 vs 11-13) Il chemine avec nous. Il est de passage comme nous. Il communie à nos souffrances. Sur la croix Jésus a connu le fond de la détresse humaine.
D.4 La croix, signe de l’offrande d’une vie toute donnée et accueillie par Dieu le Père.
La croix de Jésus est le signe par excellence de l’offrande de sa vie toute donnée, d’un engagement jusqu’au bout. Il se fait serviteur de ses frères en humanité. La résurrection est l’accueil de cette offrande par le Père.
Par la croix en effet, Jésus communie à toutes nos souffrances morales et physiques, à notre angoisse et à notre mort, pour nous donner de communier à sa foi, à son espérance, et nous introduire par sa résurrection à la vision de Dieu. Jésus est le nouvel Adam. En effet, si le premier Adam a vécu sa condition humaine dans la méfiance, Jésus, le nouvel Adam, vit sa condition humaine dans la confiance, jusqu’au bout.
C’est par le sacrifice de sa vie toute donnée, que Jésus attire l’humanité dans l’orbite du Père. Jésus, par sa solidarité avec les hommes, jusqu’au bout, introduit toute l’humanité souffrante dans la vie éternelle, la vie même de Dieu, c’est à dire dans le Royaume de Dieu. « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu » nous dit saint Irénée. Jésus accomplit ainsi la mission que Dieu son Père lui a confiée.

D.5 Sacrifice versus ‘nissa’, serviteur versus ‘ moi même mari.’
Pour notre mentalité contemporaine où la valeur suprême semble être trop souvent ‘enjoy’, ‘profite maximum’ , ‘full nisssa’, ce langage du sacrifice sonne étrangement! Dans notre culture du ‘toujours plus’ et souvent à n’importe quel prix, de ‘moi même mari’, le service peut sembler être très démodé, et se faire serviteur, un signe d’impuissance!
Jésus, d’après les évangiles, n’est pas un kamikaze, ni non plus une personne qui aurait eu un gout morbide pour la mort. Le sacrifice pour le sacrifice n’a aucun sens. Dieu n’y prend aucun plaisir! Jésus, par son action prophétique au Temple de Jérusalem, veut même mettre fin aux sacrifices rituels comme par exemple le sacrifice des animaux.
Par contre, pour Jésus, vivre c’est se donner, c’est servir en s’oubliant et ainsi permettre aux autres de grandir. Ce fut le programme de toute sa vie. C’est cela le sacrifice qui plait à Dieu. Pour Jésus, le sens de toute vie c’est d’accepter de se sacrifier pour le service de nos proches, de nos frères et soeurs en humanité. Jésus nous fait découvrir une loi fondamentale de l’existence humaine: ‘il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir’. Le sacrifice de Jésus, son offrande, nous révèle que l’amour peut avoir le dernier mot et que l’Amour est vainqueur de la trahison, de la haine et de la mort.
D.6 Avant gout du Royaume en vivant, à la suite de Jésus, le sacrifice qui plait a Dieu.
A certain moment de notre vie n’avons- nous pas expérimenté ce bonheur de s’oublier- de se sacrifier- pour les autres ?

Pensons, entre autres, aux parents qui acceptent de se priver pour la réussite de leurs enfants; à l’époux qui accepte de renoncer à sa vie de célibataire pour commencer une vie commune avec son épouse ; à un militant qui accepte de prendre le risque de ne pas avoir une promotion pour le progrès social de ses frères et soeurs travailleurs ; à un politicien qui accepte de donner de son temps pour la promotion du bien commun ; à un prêtre qui ne compte pas son temps et sa peine pour le bien de sa communauté paroissiale ; à un religieux/ religieuse qui renonce à fonder une famille pour s’occuper des plus déshérités ,comme par exemple des enfants en manque d’affection etc. Ces joies authentiques nous donnent comme un avant goût de la vie éternelle et nous font pressentir, à la suite de Jesus- serviteur, le vrai sens du bonheur et de la vie.
D.7 Dieu notre Père qui suscite nous re suscite
Dieu notre Père, que Jésus nomme Abba , celui qui suscite la vie de Jésus et chacune de nos vies, re suscite Jésus, Jésus qui dans une totale confiance s’est remis dans les bras de son Père à la croix.
Dans le sillage de Jésus, Dieu le Père re suscite toute l’humanité. Par la croix et la résurrection de Jésus, Dieu notre Père accomplit ainsi l’oeuvre de la création, ce pour quoi il nous a créés : vivre dans l’alliance avec lui pour toujours. C’est là, me semble-t-il, le sens profond de la croix et de la résurrection. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, et la vie de l’homme, c’est la vue de Dieu. » nous dit toujours saint Irénée.

D.8 La croix et la résurrection de Jésus, clé d’une vie humaine authentique.
Nous avons la chance, par rapport à nos parents, de vivre dans une société où nous avons accès aux biens de consommation, à de nombreux moyens de communication et donc a davantage de confort, de mobilité, de lien avec le monde extérieur etc. Par contre, nous savons bien que la course effrénée à la consommation et que la communication à haut débit ne sauraient, par elles seules, nous satisfaire et nous donner de vraies raisons de vivre. Comme dirait Jésus ‘ zom pas vive simplement avec bagage ek megabat!’ Le sens profond de la croix et de la résurrection de Jésus que nous avons découvert n’est- il pas une clé pour nous ouvrir la porte de la vraie joie et d’une vie humaine authentique ?
D.9 Mettre nos pas dans les pas de Jésus pour découvrir la personne de Jésus.
Pour escalader cette montagne avec Jésus, nous ne pouvons pas évidemment rester spectateur au bord de la route. Comme les disciples de l’Évangile, nous sommes appelés à mettre nos pas dans les pas de Jésus. C’est, chemin faisant avec Jésus dans une vie toute donnée au service des autres surtout ceux qui souffrent, en acceptant, avec persévérance, de sacrifier notre temps et notre petite vie tranquille et souvent égoïste, que nous découvrirons qui est cet homme Jésus, la profondeur de sa personnalité. Alors, nous pourrons dire, après tout un cheminement, comme le centurion romain, un païen : ‘vraiment cet homme est Fils de Dieu.’ Oui, comme nous le rappelle le témoignage de Marc « la pierre rejetée est devenue la pierre d’angle » (Marc 12vs 10-11) sur laquelle nous pouvons construire notre devenir personnel et collectif et ainsi donner sens à l’aventure humaine.

 

E. JESUS SE CHOISIT UNE FAMILLE, L’ÉGLISE, POUR TEMOIGNER DE SA PRESENCE PERMANENTE ET ACTIVE, 24 HEURES SUR 24, AU COEUR DE NOS VIES.
E.1 Jésus associe des collaborateurs à son oeuvre de libération.
Jésus, dès le début de son ministère, associe des disciples à ce pourquoi il est venu sur la terre. (sa mission) Il les appelle à devenir ‘pêcheurs d’hommes’ (1 vs 17). À sa suite, ‘venez à ma suite’ dit Jésus, ils sont appelés à collaborer à son oeuvre , lui le Christ- Messie, qui libère les humains, comme nous l’avons vu en méditant l’évangile de Marc, de tout ce qui les ( nous) emprisonne : d’une religion tatillonne qui bride la liberté, des esprits du mal -de satan -qui nous enferme dans la peur et la méfiance , de différentes formes d’exclusion, de l’ignorance qui nous aveugle , de la corruption du coeur- le péché, de la souffrance physique et morale et même de la mort. Jésus est venu apporter un vrai changement au sein de la société et il se choisit des collaborateurs et collaboratrices pour l’aider à accomplir cette tâche (mission).

E.2 Le Seigneur a toujours l’initiative
Comme toujours dans la Bible, il est important de souligner que c’est Le Seigneur qui a l’initiative. Il appelle Simon et son frère André ainsi que le deux fils de Zébédée , Jacques et Jean . Ils étaient des pêcheurs à la senne sur le lac de Tibériade. Il les appelle à tout quitter pour être ses plus proches collaborateurs. Par ailleurs, Jésus, dès le début était accompagné, nous dit l’évangile de Marc, par les femmes : « parmi elle, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem » Marc 15 vs 41-42
E.3 Jésus, fondateur de l’Église.
Un peu plus tard, Jésus choisira et appellera les Douze. (3 vs 13-19). Le chiffre 12 nous rappelle évidemment les 12 tribus d’Israel. Ainsi Jésus fonde le peuple de la Nouvelle Alliance dont nous sommes tous les membres. Cette première communauté autour de Jésus, comme l’Eglise de toujours, n’est pas une ONG. Notre fondateur, Jésus, est celui là même qui fixe le cap de notre mission. Marc, à la fin de son évangile, souligne ce point fondamental : «Le Seigneur travaillait avec eux.»16 vs 20. Le Seigneur est au travail! À la suite de Jésus, l’Église – les paroisses, les mouvements et services, les institutions, les congrégations et les ministres ordonnés – est invité à se mettre au travail en se mobilisant pour un seul et même objectif: collaborer à cette oeuvre de libération de Jésus et ainsi témoigner de la Bonne Nouvelle.

E.4 Vivre la mission de L’Eglise en fixant notre regard sur la manière d’être et faire de Jésus.
Pour devenir, par exemple une bonne couturière, une apprentie observera attentivement une ‘modiste’. Elle tentera, progressivement, de reproduire les mêmes gestes comme par exemple sa manière de couper une robe sur un patron dans le tissu ou sa manière de faire des ourlets et de coudre, en y ajoutant ensuite bien évidemment sa propre touche de créativité.
De même, pour comprendre la responsabilité confiée à l’Eglise, il nous faut toujours repartir de Jésus, de sa manière d’être et de faire. Jésus semble nous dire: « ce que j’attends de vous chrétiens, vous allez le découvrir en observant ma manière d’être attentif à la vie et de parler, d’agir et d’enseigner, bref à toute ma manière de vivre ». Nous sommes invités à être des apprentis à l’école de Jésus. Il nous faut toujours boire à cette source, Jésus, si nous voulons irriguer notre monde d’aujourd’hui de la Bonne Nouvelle.
Il nous faut permettre au regard de Jésus (Marc dans son évangile parle souvent du regard de Jésus) de croiser notre regard si nous voulons, en toute profondeur, découvrir sa vision et son rêve pour l’humanité et y collaborer.
E.5 Jésus n’est pas un ‘ homme religieux’ et il invite son Eglise à épouser sa priorité.
En lisant l’évangile de Marc, avez-vous remarqué que Jésus n’est pas un ‘homme religieux’, du moins comme habituellement nous l’imaginons ? Chez Marc, aucune rubrique de la part de Jésus concernant le bon déroulement des cérémonies religieuses, concernant la

manière de s’habiller ou concernant les règles de pureté. En fait l’impureté pour Jésus vient du coeur, là où se complotent les actions méchantes et qui détruisent les relations. Mc 7 vs 14-23 Dans l’enseignement de Jésus, il n’y a pas non plus de lois tatillonnes qui voudraient régenter, dans les moindres détails, la vie des personnes et notre vie en société. Par contre ce que Jésus tient à coeur c’est l’homme debout, l’homme libéré de toute chaine, capable d’aimer et d’oeuvrer pour la justice et la fraternité. Est-ce que nous partageons cette priorité de Jésus ?
E.6 Jésus nous invite à la liberté et à être des promoteurs de liberté.
Par ailleurs, Jésus n’essaie jamais de nous endoctriner à la manière d’un gourou et faire ainsi de nous des adeptes. Ce n’est pas par hasard s’il s’exprime si souvent en parabole. (Marc 4 vs 1-34) Jésus ne nous donne pas des solutions toutes faites mais, par les paraboles, il nous donne à penser.
Il nous invite à nous interroger, à forger notre propre opinion et surtout il nous laisse libres. Aucune démagogie de sa part, ni, non plus, aucun chantage ou autre forme de pression sur nos consciences.
Il nous propose son amitié et nous invite à le suivre, comme il l’a proposé au jeune homme riche, (Mc 10 vs 17-31) mais c’est à nous de prendre notre décision de le suivre ou pas et ceci en toute liberté.

Pris dans le grand vent des influences multiples qui soufflent sur Rodrigues, nous sommes tellement influençables et attirés par tout ce qui se présente à nous. Nous risquons alors parfois de perdre tout esprit critique et de nous laisser facilement manipuler. Nous galope a droite, a gauche, sans esprit de discernement ! Jésus nous met en garde et il nous invite à la prudence et au discernement. Mc13 vs 5.9
L’Église- les paroisses, les mouvements, les services pour la promotion de l’éducation, Caritas etc – n’a pas pour mission d’embrigader des personnes mais de les inviter à vivre une grande et belle aventure à la suite de Jésus. Dans nos parcours de formation, je pense tout particulièrement à la catéchèse au niveau du secondaire, nous devons nous entraider à être libres par rapport à la pression des modes diffusées par la publicité ou des médias, à développer un esprit critique, à accepter le débat – y compris par rapport à la vie interne de l’église, à nous entraider à agir en conscience – conscience certes éclairée par le débat et la sagesse biblique. Jésus, un homme profondément libre nous invite sans cesse à être nous- mêmes et à agir librement et non en fonction de nos caprices du moment ou de l’opinion majoritaire.
E.7 Jésus nous invite, à sa suite, à un service de guérison.
Au cours de notre dernière Assemblée Pastorale en décembre 2017, nous avons davantage pris conscience des souffrances vécues par de nombreuses personnes à Rodrigues. Souffrance corporelle avec les maladies telles le cancer ou le Sida, mais aussi souffrance psychologique avec les dépressions et des pertes de confiance en soi ou encore de grande solitude ; souffrance spirituelle liée à toutes sortes de méchanceté et aux prises avec les esprits du mal qui semblent avoir le dessus sur nous;

souffrance vécue au sein des couples et des familles, souffrance de la mort et du deuil. La personne étant indivisible, ces souffrances ont des conséquences sur nos relations avec les autres, avec nous- mêmes et avec Dieu. A la suite de Jésus, comme par exemple dans sa manière d’être avec les lépreux, L’Eglise est invitée à accueillir et écouter les cris des personnes vivant des souffrances, à les accompagner et à mener une lutte sans merci au nom de Jésus , par nos actions et nos paroles, contre tout ce qui blesse et fait souffrir un frère et une soeur. Jésus au cours de sa vie terrestre n’a pas éliminé toutes les détresses humaines, loin s’en faut, mais ses miracles sont autant de signes avant coureur, et donc d’espérance, que le Seigneur ne nous abandonne jamais, Lui qui est vainqueur des puissances du mal et de la mort. J’invite toutes les paroisses mais aussi les mouvements et services de faire de l’accompagnement fraternel des souffrants une priorité des priorités. Qu’il y ait, entre autres, des équipes pour accompagner les familles vivant des grandes souffrances comme les deuils. Ayons aussi une attention spéciale pour les prisonniers et les malades à l’hôpital ou alités à la maison. Les thèmes abordés ces dernières années: « solidaire pour faire reculer la misère’, « famille base la société’ ‘Jésus plus fort que le mal’, ‘Misericordiae vultus’ sont plus que jamais d’actualité.

E.8 A la suite de Jésus – enseignant, l’Eglise se met au service de la Parole.
Nous constatons que Jésus, à travers le témoignage de Marc, exerce une intense activité d’enseignement. En tous lieux- dans les synagogues, au bord de la mer, sur la montagne, sur la place publique et à la maison –
et en différentes circonstances, Jésus enseigne la foule qui se presse pour l’écouter. Tous les auditeurs sont frappés, même décontenancés, par son enseignement et il parle avec autorité. Il est la Parole de Dieu et non pas comme les scribes- les spécialistes de la Bible- qui eux sont des commentateurs de la Parole de Dieu. Sa Parole est neuve et bouleversante. Jésus prend un soin particulier à former ses disciples avant de les envoyer deux par deux en mission 6 vs 7-13. Jésus Ressuscité donne une mission claire à son Eglise: « « Allez dans le monde entier, proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. » 16 vs 15. L’ignorance spirituelle est une des grandes formes de la misère humaine et source de misère. Particulièrement dans l’ile Rodrigues en pleine mutation, Jésus nous invite, plus que jamais à nous former à sa Bonne Nouvelle et à la partager. C’est dans ce sens que nous sommes en train de renouveler le parcours de catéchèse des enfants du primaire. Les premiers responsables de la transmission de la foi aux enfants sont les parents. Comment partager si nous n’avons pas nous même approfondi notre foi? C’est la raison pour laquelle, dès cette année, nous proposerons aux parents qui désirent que leurs enfants fassent ‘ leur première communion’ et soient confirmés dans leur baptême, une formation de base à la foi chrétienne, durant 7 rencontres de 2 heures chacune.

Par ailleurs, j’invite les paroisses, les mouvements et les services, à proposer chaque année aux chrétiens une possibilité de formation chrétienne. Il est si important de mieux comprendre ce que nous croyons pour en rendre compte de notre foi. La messe du dimanche- jour du Seigneur- est aussi le lieu par excellence où Jésus, à travers les saintes Ecritures, l’homélie et les prières, vient nous enseigner. N’oublions surtout pas que dans l’évangile de Marc, les aveugles, les estropiés, les ‘cabossés’ de la vie, bref les pauvres, sont ceux qui les premiers ont mis leur confiance en Jésus. Prendre le temps d’écouter le témoignage de foi des pauvres est souvent un grand chemin d’évangélisation. Quelle place donnons-nous aux exclus dans nos communautés chrétiennes ? Ont-ils suffisamment la parole dans nos cérémonies et nos parcours de formation?
E.9 Jésus le priant nous nourrit de sa prière et nous invite à prier.
Je pense qu’il nous faut faire la distinction entre ‘faire la prière’ et prier ! Pour cela nous avons une fois de plus, comme Marc nous y invite, à regarder la manière de prier de Jésus. Ce qui est frappant, comme nous l’avons vu à Gethsémani, c’est que Jésus parle à Dieu, comme un petit enfant de son époque parle affectueusement à son papa : « Abba. »
Dieu parle à Jésus en lui disant « c’est toi mon Fils bien aimé ; en toi j’ai mis tout mon amour. » Dans ce dialogue, nous sommes au coeur même de la prière chrétienne. De même que Jésus a nourri ‘ les douze’, le jeudi saint, avec

le pain de sa parole et le pain de son corps, de même Jésus nourrit son Eglise à chaque messe à travers les Saintes Ecritures et le pain vivant descendu du ciel. La messe nous fait entrer dans ce dialogue intense de Jésus avec son Abba. Nous communions à Jésus pour communier, par lui, avec lui et en lui, à Dieu son Père et à ses frères et soeurs. Jésus, celui qui nourrit une foule de plus de 5.000 personnes avec 5 pains et deux poissons, tout comme Dieu avait nourri son peuple avec la manne au désert, (Jésus) nous nourrit de son corps et de son sang, de toute sa Vie dans le saint sacrement, pour que nous ne faiblissions pas sur le chemin de la foi. Dans un monde où nous pensons souvent en terme d’efficacité : ‘ à quoi ça sert’, d’intérêt : ‘qui mo pou gagné’, c’est tellement important de redécouvrir l’importance de la gratuité. Le dimanche, jour de repos, est le jour où nous nous entrainons à la gratuité. Ainsi, je ne vais pas visiter mes parents pour obtenir un avantage, comme par exemple de l’argent, mais par ce que j’aime être en leur compagnie. De même, nous ne prions pas d’abord pour obtenir quelque chose comme, par exemple la santé ou une promotion, mais tout simplement par ce que nous sommes heureux d’être là avec Dieu et d’entrer en dialogue avec lui et ceci en compagnie de nos frères. Bien évidemment, il est aussi légitime d’ouvrir notre codeur au Seigneur et de lui exprimer nos demandes et parfois nos cris, de même qu’il est légitime de faire une demande à nos parents. Dans notre culture du donnant -donnant, du tout, tout de suite, du paraitre – ‘‘le look’, quelle chance de pouvoir s’arrêter, de méditer la Parole de Dieu en lien avec notre vie, de communier à la prière de Jésus ! Nous ne venons pas à la messe pour nous tout seuls mais pour témoigner à la face du monde de notre Espérance ; « Jésus de Nazareth, le crucifié ! Il est ressuscité. »

F. CONCLUSION.
f.1 Jésus, un homme parmi les hommes. Contrairement à Jean Baptiste qui était vêtu de poil de chameau et qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage (Mc 1 vs 6) Jésus ne se distingue de ses contemporains par sa manière de s’habiller ou de se nourrir. Toujours, contrairement à Jean Baptiste qui habitait en ermite dans le désert, Jésus vivait sa vie en société, en pleine pâte humaine, et toujours entouré d’hommes et de femmes.
Ce qui le distingue des autres personnes se trouve ailleurs: c’est sa grande cohérence entre ce qu’il dit et ce qu’il fait. Il est un homme vrai. En sa présence, nous sommes fiers d’être des hommes. De même que Jésus a renversé les tables du Temple de Jérusalem, de même Jésus renverse et va à contre courant de nos mentalités humaines et de nos manières de vivre : notre souci permanent de nous comparer aux autres, du paraitre- ‘le look’, de la violence qui traverse nos relations- voire même de la haine, de cette compétition permanente où le plus fort doit sortir gagnant etc etc. Jésus nous propose de prendre une autre direction. Oui, Jésus invente, d’abord par toute sa propre manière de vivre, une manière de vivre tout à fait différente, et disons le, révolutionnaire, avec Dieu, entre les humains et avec nous mêmes. Dans le langage biblique cela se désigne comme le Règne de Dieu. Davantage encore, Jésus, par ses paroles et par ses actes nous dit que c’est par Lui- le Christ Messie- que le Règne de Dieu prend racine sur la terre comme au ciel.

Il est Le Sauveur de notre humanité emprisonnée par les forces du mal et de la mort. Il est l’avenir de l’humanité. Une affirmation qui paraît être du délire aux yeux de nombreuses personnes et qui sera la cause principale de sa condamnation à mort. « Pour qui se prend -t-il celui là ? » disent, hier comme aujourd’hui, de nombreuses voix ? Alors la question se pose à chacun d’entre nous: Jésus est- il crédible ou est-il un imposteur ? Pouvons-nous lui faire confiance ou serait- il un prétentieux et un illuminé ? Marc nous présente son témoignage et il nous invite à prendre position: pouvons-nous, avec toute notre raison, mettre notre confiance en Jésus qui, pour Marc, est le Christ, le Fils de Dieu?
f.2 Jésus ne nous demande pas une réponse théorique mais il nous invite à une réponse qui engage toute une nouvelle manière de vivre, toute notre vie. Cette aventure à la suite du Christ relève certes d’une décision personnelle mais Jésus nous invite, comme nous l’avons vu dans l’évangile de Marc, à ne pas la vivre dans l’isolement mais en Eglise. Une aventure qui invitera en permanence l’Eglise à être une « Eglise en sortie », comme nous y invite le pape François, et non pas enfermée dans nos petits conforts et nos habitudes. Le grand danger pour l’Église est le conservatisme. Un commentateur de l’évangile de Marc souligne ce point fondamental: L’enjeu de la mission de Jésus et donc de l’Eglise est ni plus ni moins « la réussite ou non de l’existence humaine. » Pour vivre ce service désintéressé de l’humanité, l’Eglise – les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses, les laïcs – aussi bien dans sa vie interne que dans sa présence au monde, est invitée par son fondateur et à son exemple à ne pas chercher les honneurs et les premières places mais à se faire servante. Nous savons par expérience que ce n’est pas si simple car aucune personne- même si elle semble très désintéressée- n’est à l’abri de cette tentation du pouvoir.

f.3 Cette sortie, à la suite de Jésus, a fait et fera le ‘bateau – Eglise’ traverser de nombreuses tempêtes, ( Marc 4 vs 35-41) où nous aurons parfois , peut être même souvent, l’impression que Jésus s’est endormi et qu’il semble très indifférent sinon se désintéresser même de nos problèmes. À certains moments nous risquons même de douter et de prendre Jésus pour un fantôme, (Marc 6 vs 49 ) pour une illusion. Jésus nous redit aujourd’hui comme il l’a dit aux apôtres: « n’ayez pas peur! »
f.4 En cette année où le pape convoque un synode des évêques ayant pour thème: « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel » rejoignons les réalités de vie des jeunes et proposons leur, avec créativité, la « joie de l’évangile » . Que la pastorale des jeunes soit une priorité, particulièrement durant les années 2018- 2019. N’ayons pas peur, en faisant écho à Jésus, d’inviter les jeunes à être attentifs à l’appel du Seigneur et à tout quitter pour devenir pêcheurs d’hommes comme prêtres ou dans la vie religieuse et consacrée.
f.5 En nous laissant inspirer par le témoignage de Marc, que L’Église qui est à Rodrigues ait la joie d’accueillir, de vivre et de célébrer Jésus Christ, le Fils de Dieu et ainsi témoigner de sa Bonne Nouvelle.
Votre frère et votre évêque.
+ Alain